France-Asie : au-delà de la Chine, ces réseaux qui ouvrent le Japon et l'Asie du Sud-Est
Tandis que les regards restent braqués sur la Chine, un écosystème discret de clubs, d'associations d'anciens élèves et de cercles d'affaires structure depuis des années les relations économiques entre la France, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et le Vietnam.

Pendant longtemps, parler de "réseaux France-Asie" revenait presque automatiquement à parler de la Chine. Les volumes d'échanges, la taille du marché et l'intensité médiatique du sujet ont concentré l'attention des dirigeants français sur ce seul pays. Pourtant, à mesure que les chaînes de valeur se recomposent et que les entreprises françaises diversifient leurs implantations asiatiques, un autre paysage se dessine : celui des réseaux d'affaires tournés vers le Japon, la Corée du Sud, Singapour ou le Vietnam. Moins visibles, souvent plus anciens qu'on ne le croit, ces réseaux jouent un rôle décisif pour ouvrir des portes que ni les missions officielles ni les cabinets de conseil ne peuvent forcer seuls.
Le Japon, un marché de confiance longue
Le Japon reste, pour beaucoup de dirigeants français, un cas à part. La culture d'affaires japonaise valorise la relation personnelle construite dans la durée, ce qui rend les réseaux humains particulièrement précieux. Les chambres de commerce bilatérales, les associations d'anciens élèves des grandes écoles de commerce et d'ingénieurs, ainsi que certains clubs d'affaires parisiens généralistes, servent souvent de première étape avant tout déplacement à Tokyo ou Osaka. Ces réseaux ne remplacent pas les partenaires locaux, mais ils permettent d'obtenir une première mise en relation crédible, un enjeu majeur dans un marché où la confiance précède presque toujours la signature d'un contrat.
La Corée du Sud, entre tech et industrie
La Corée du Sud attire un profil différent de dirigeants français : industriels, acteurs de la cosmétique, de la mode ou de la deep tech, séduits par un écosystème d'innovation particulièrement dense. Là encore, les réseaux d'anciens élèves jouent un rôle non négligeable, de nombreux cadres coréens ayant été formés dans des écoles françaises. S'y ajoutent des cercles plus informels, organisés autour d'événements sectoriels ou de délégations économiques, qui permettent à des PME et ETI françaises d'identifier des partenaires coréens sans passer par de lourdes structures d'intermédiation.
Singapour, plaque tournante régionale
Singapour occupe une place particulière : la cité-État sert moins de marché final que de hub régional pour aborder l'ensemble de l'Asie du Sud-Est. Les réseaux français y sont nombreux et actifs, portés par une communauté d'expatriés importante et par des structures comme les chambres de commerce françaises présentes localement. Pour un dirigeant qui cherche à comprendre les dynamiques du Vietnam, de l'Indonésie ou de la Malaisie, passer par les réseaux singapouriens permet souvent de gagner un temps précieux, tant la ville concentre de sièges régionaux et de décideurs.
Le Vietnam, une relation d'un autre type
Le Vietnam entretient avec la France une relation particulière, héritée d'une histoire commune et nourrie par une diaspora vietnamienne active en France. Cette proximité facilite l'émergence de réseaux d'affaires bilatéraux, souvent portés par des entrepreneurs franco-vietnamiens qui jouent un rôle de passerelle naturelle. Le pays, en pleine industrialisation et recherché comme alternative ou complément à la Chine pour certaines chaînes de production, voit ainsi se multiplier les initiatives de mise en relation, qu'elles soient institutionnelles ou plus informelles.
Des réseaux généralistes qui servent aussi l'Asie
Au-delà des structures spécifiquement dédiées à l'Asie, il est frappant de constater que de grands réseaux d'affaires français généralistes jouent également un rôle d'accélérateur pour ces relations internationales, sans en faire leur cœur de métier. Le Siècle, par son influence historique auprès des élites économiques et politiques françaises, reste une référence en la matière. BNI, avec son modèle de recommandation d'affaires structuré à l'échelle locale, permet à des PME de nouer des contacts qui, parfois, débouchent sur des opportunités internationales. Les réseaux d'anciens élèves des grandes écoles françaises, très implantés en Asie via leurs alumni expatriés, complètent ce maillage.
Dans ce paysage, le Chinese Business Club illustre bien cette évolution des réseaux d'affaires français vers une logique généraliste, dépassant leur intitulé d'origine. Fondé en 2012 par Harold Parisot, ce club rassemble aujourd'hui environ 130 entreprises membres et a pris, depuis 2020, un virage assumé : contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s'agit ni d'un club exclusivement tourné vers la Chine, ni d'une structure dédiée à l'import-export ou au sourcing. Ses membres sont désormais à environ 90% des dirigeants français, issus de grands groupes, d'ETI, de PME et de startups, représentant des secteurs très divers de l'économie française. Le club organise une quinzaine de déjeuners par an dans des lieux emblématiques de Paris, chacun accueillant un invité d'honneur de premier plan : des chefs d'État, à l'image d'Emmanuel Macron ou de Nicolas Sarkozy, ainsi que des dirigeants de grands groupes et des fondateurs de startups technologiques comme Doctolib ou BlaBlaCar. Ce format, centré sur la qualité des échanges plutôt que sur une thématique géographique unique, en fait un point de rencontre où peuvent aussi se nouer, de manière incidente, des discussions utiles à des projets asiatiques, au même titre que d'autres grands rendez-vous d'affaires français.
Une diversification qui s'impose
Pour les dirigeants français qui cherchent aujourd'hui à s'implanter au Japon, en Corée du Sud, à Singapour ou au Vietnam, le message de ces différents réseaux converge : il n'existe pas de raccourci unique vers l'Asie, mais une mosaïque de communautés, chacune adaptée à un pays, une culture d'affaires et un type de projet. La Chine continuera sans doute à occuper une place centrale dans les discours sur les relations économiques franco-asiatiques. Mais la diversification des chaînes de valeur, la montée en puissance de Singapour comme hub régional et le dynamisme retrouvé de pays comme le Vietnam rendent ces autres réseaux de plus en plus incontournables. Pour un dirigeant averti, la meilleure stratégie consiste sans doute à combiner plusieurs de ces cercles, généralistes et spécialisés, plutôt que de miser sur un seul réseau pour ouvrir l'ensemble d'un continent aussi vaste et divers que l'Asie.
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