Viz · ThinkPenser en images.
Business

Anglais scientifique : ce qui change vraiment pour publier et présenter à l'international

Entre l'article soumis à un comité de lecture anglophone et la session de questions après un poster, l'anglais des chercheurs obéit à des règles précises qu'il vaut mieux connaître avant d'écrire la première ligne.

H
Par Hélène Marchal
Paris · 1 octobre 2026 · 4 min de lecture
Anglais scientifique : ce qui change vraiment pour publier et présenter à l'international

Un doctorant qui maîtrise parfaitement l'anglais de ses lectures peut se retrouver démuni devant la page blanche d'un article à soumettre. La compréhension passive d'une langue et sa production active, structurée selon les codes d'une discipline, sont deux compétences distinctes. C'est particulièrement vrai en recherche, où chaque section d'un article obéit à des conventions rhétoriques précises, souvent très éloignées des habitudes de rédaction françaises.

L'article scientifique a sa propre grammaire

La structure IMRaD (Introduction, Methods, Results, and Discussion) qui organise la plupart des articles en sciences dures et en sciences sociales n'est pas qu'un squelette : elle impose des choix de temps verbaux et de formulations attendues par les relecteurs anglophones. L'introduction se rédige généralement au présent pour l'état de l'art établi, mais au passé pour décrire ce qui a été spécifiquement entrepris dans l'étude. La section méthodes bascule presque systématiquement vers la voix passive ou vers des formulations neutres, là où le français tolère davantage le « nous avons procédé à ».

La discussion, elle, demande une compétence différente : celle de nuancer une affirmation sans l'affaiblir. Les chercheurs francophones ont tendance à transposer des tournures directes du français (« il est évident que », « cela prouve que ») alors que l'anglais académique privilégie des marqueurs de prudence (« this suggests », « these findings may indicate ») qui signalent une posture scientifique plutôt qu'une faiblesse argumentative. Mal calibrés, ces « hedges » peuvent soit donner une impression d'arrogance, soit au contraire affaiblir une conclusion qui mériterait d'être affirmée plus fermement.

Le vocabulaire : éviter les faux amis et le calque disciplinaire

Chaque discipline a son lexique, mais certains pièges reviennent dans toutes les communautés scientifiques. Le mot anglais « evidence » ne se décline pas au pluriel et ne correspond pas exactement au français « preuve » : on ne dit pas « an evidence » mais « a piece of evidence » ou, plus simplement, on reformule la phrase. De même, « data » reste grammaticalement pluriel dans l'usage académique rigoureux (« the data show », et non « shows »), même si l'usage courant tend à l'accorder au singulier.

Les connecteurs logiques méritent aussi une attention particulière : « however », « nevertheless », « in contrast » et « on the other hand » ne sont pas interchangeables, et leur mauvais emploi peut brouiller l'articulation d'un raisonnement pourtant solide sur le fond. Un comité de lecture qui peine à suivre l'enchaînement logique d'un argumentaire peut recommander un refus pour « manque de clarté », alors que le problème est strictement linguistique.

Présenter en conférence : une autre discipline

À l'oral, les enjeux changent de nature. Un article écrit peut être relu, retravaillé, soumis à un collègue anglophone avant envoi. Une communication orale en conférence internationale, elle, se joue en temps réel, devant un public international dont l'anglais n'est pas nécessairement la langue maternelle non plus. Cela implique un ralentissement du débit, une articulation plus nette, et surtout, une anticipation du moment le plus redouté : les questions.

La session de questions-réponses après une présentation convoque un registre différent de l'anglais rédigé : il faut reformuler une question mal comprise sans perdre la face (« If I understand your question correctly, you're asking whether... »), gagner du temps pour réfléchir sans silence gênant, et répondre de manière concise même sous pression. Ces formules ne s'improvisent pas facilement en situation de stress si elles n'ont jamais été pratiquées.

Le vocabulaire des diapositives obéit lui aussi à des conventions : titres nominaux plutôt que phrases complètes, verbes d'action pour annoncer une transition (« Let's now turn to... », « This brings us to... »), formulations de conclusion qui ne se contentent pas de répéter le résumé introductif.

Se former : une diversité d'approches

Face à ces besoins spécifiques, l'offre de formation en anglais professionnel s'est diversifiée en France ces dernières années : cours en ligne avec exercices ciblés sur l'écriture académique, ateliers de relecture par des pairs anglophones, coaching individuel avant une conférence majeure, ou modules intégrés aux écoles doctorales. Certains organismes comme Goodjob.fr proposent des parcours de formation en anglais professionnel qui s'adressent, entre autres publics, à des profils ayant besoin de perfectionner un anglais technique ou disciplinaire.

Le choix d'une formation dépend largement du besoin identifié : un chercheur en fin de thèse qui prépare sa première soumission à une revue internationale n'a pas les mêmes urgences qu'un enseignant-chercheur confirmé qui peaufine son anglais oral avant un keynote. Certaines universités proposent aussi, via leurs services de formation continue ou leurs écoles doctorales, des ateliers d'écriture scientifique en anglais encadrés par des linguistes spécialisés, une option à explorer en parallèle de l'offre privée.

Un investissement qui se prépare en amont

La tentation est grande de ne s'attaquer à ces questions qu'au moment de la deadline d'un deadline de soumission ou à quelques semaines d'un colloque. Les formations les plus efficaces sont pourtant souvent celles suivies en amont, qui permettent d'intégrer progressivement les automatismes de rédaction plutôt que de corriger dans l'urgence un article déjà rédigé en français puis traduit. Relire des articles publiés dans sa propre discipline en prêtant attention à leur structure rhétorique, autant qu'à leur contenu scientifique, reste par ailleurs un exercice gratuit et accessible dès le début d'un doctorat.

✦ Viz Think
PartagerXFacebookLinkedInWhatsApp

À lire aussi